L’APPROCHE FELDENKRAIS, DOUCEUR ET PROFONDEUR

Article revue Vitalité 2011
Par Louise Gauthier

L’approche Feldenkrais fait partie de la grande famille des approches d’éducation somatique (de soma – corps vivant). Elle utilise la conscience du mouvement, la conscience de soi en mouvement pour apprendre à mieux s’utiliser afin que la vie soit plus confortable et plaisante et ce dans toutes les sphères de la vie. Comme toutes les approches somatiques, elle considère l’être humain comme un tout qui doit être unifié pour entrer en relation saine avec son environnement. Cette approche utilise la conscience du corps en mouvement comme porte d’entrée pour aider l’être à se maintenir et à remettre sur le chemin du bien-être et du bonheur. Chantal Martin était massothérapeute depuis une dizaine d’années lorsqu’elle a eu le coup de foudre pour cette approche après une première fin de semaine de formation : « Je suis sortie de là en état de grâce. Je me sentais unifiée en tant qu’être et unifiée à mon environnement. Ça va loin ! C’est cette qualité de vie qui m’intéresse ! Qualité dans le sens d’être présente, authentique dans ma réalité et de faire ce que je veux faire, explique-t-elle ». C’est une question de conscience de soi à travers le corps en mouvement, de se reconnaître et de se voir aller. Ensuite, il suffit d’intégrer.

LE DR FELDENKRAIS

Comme dans toutes les approches en éducation somatique, dont l’antigymnastique, la technique Alexander et l’eutonie sont les plus connues, le fondateur l’a découverte à la suite d’un problème personnel. Le Dr Moshé Feldenkrais (1904-1984), était un physicien ingénieur qui travaillait dans un laboratoire français qui a gagné un prix Nobel en sciences. Il pratiquait aussi le judo. Il a grandement contribué au développement du judo en France dans les années 1930. Il avait donc une bonne connaissance pratique du corps. À la suite d’une blessure au genou, plutôt que de prendre le risque de subir une chirurgie qui aurait pu le laisser dans l’impossibilité de marcher, il a décidé de s’auto-observer dans son mouvement. Il a approfondi ses connaissances en anatomie. Il a ensuite travaillé avec des collègues et a reconstruit des circuits de son système nerveux par le mouvement, un mouvement naturel, en douceur. C’est donc de son auto-ré-éducation qu’est née la méthode.

LE SENS KINESTHÉSIQUE PROPRIOCEPTIF

L’objectif principal de l’approche Feldenkrais n’est donc pas de corriger mais bien d’éduquer (et de ré-éduquer au besoin) par le mouvement. L’approche vise trois principaux objectifs dont le premier consiste à retrouver le sens kinesthésique proprioceptif c'est-à-dire cette capacité de ressentir dans son corps, d’être présent aux sensations de son corps. La plupart d’entre nous vivons et bougeons avec la conscience d’une image partielle de ce que nous sommes vraiment. Nous développons au cours du temps des habitudes de vie : nous marchons d’une certaine façon, nous respirons d’une façon précise, nous nous tenons d’une façon propre et nous allons jusqu’à nous identifier à cette habitude d’être. Ces habitudes constituent des modèles de réflexes inconscients. Elles forment l’ensemble de nos réactions modelées selon nos expériences de vie quotidiennes.

L’approche Feldenkrais montre à la personne à se lire, à lire l’ensemble de son corps et de ses habitudes dans le mouvement. Une leçon, qu’elle soit individuelle ou en groupe, permet de faire tout en douceur une petite découverte sur soi et de placer cette découverte dans le portrait général qu’on se fait de soi, offrant ainsi la possibilité de le modifier. Plusieurs d’entre nous vivent avec des parties de leur corps anesthésiées. Ces régions du corps ne font plus partie de notre conscience. Elles ne servent plus comme elles le devraient. Elles ont été tendues si longtemps que la tension n’est plus ressentie comme tel et que la région devient non ressentie et peut à la longue devenir douloureuse. Cette partie a des répercussions sur toutes les autres car l’être humain est un tout. Les leçons de Feldenkrais permettent à la personne de s’auto observer dans le mouvement et de percevoir ces parties anesthésiées qui perturbent l’utilisation optimale de ses possibilités. Par la suite elle prend conscience des moments où elle entre dans ses réflexes. Le Feldenkrais permet donc de mettre en lumière les schèmes moteurs qui, comme ils reflètent les modèles intérieurs, peuvent placer l’être sur la piste de ceux-ci. Le corps se souvient. Il s’est souvenu pendant des années de se tendre de telle façon. Il peut se souvenir aussi du bien-être qu’il a connu pendant l’expérience de la leçon et se modifier pour le reproduire.

OPTIMISER LE RÉPERTOIRE DE MOUVEMENTS

Le deuxième objectif vise à agrandir le répertoire de mouvements qui est limité à cause des habitudes (ou modèles). Les découvertes effectuées par l’expérience vécue lors des leçons non seulement permettent de s’observer mais fournissent à l’être de nouvelles impulsions, de nouvelles données pour son système nerveux qui fera à partir de celles-ci de nouvelles connexions et produira de nouveaux circuits. Ces données peuvent se traduire comme des sensations retrouvées, une nouvelle conscience des tensions dans les parties qui étaient figées lorsqu’elles sont en mouvement.

C’est ainsi que la personne réapprend, reprend la route du bébé qui apprend par l’expérience, de façon globale, non intellectuelle, de façon organique à se retourner, à ramper, à avancer à quatre pattes, à se lever puis à marcher. La plasticité du cerveau, cette même plasticité qui permet au bébé d’établir les connexions neuronales et à de nouveaux circuits de s’imprimer lors de ses apprentissages, permet à la personne adulte, dans un processus d’exploration, de retrouver tout son potentiel et de se remettre à faire ce qu’elle ne pouvait pas ou plus faire. Son répertoire plus complet donne, par exemple, la possibilité à grand-maman de s’accroupir pour jouer avec ses petits-enfants ou à l’artiste de poser des gestes créatifs maximisés dans son domaine.

L’UNIFICATION DE L’ÊTRE

Tout cela mène au troisième objectif qui consiste à retrouver un mouvement plus aisé, plus fluide, dont l’effort est mieux réparti dans l’ensemble du corps. C’est l’aspect unificateur de l’approche, qui permet à l’être de réintégrer non seulement un fonctionnement unifié en lui-même mais un fonctionnement qui entre en unité avec son environnement.

Les êtres humains vivent dans un environnement où le champ de gravité joue un grand rôle. Ils bougent et leur cerveau commande des gestes qui leur permettent de se déplacer et de se tenir sans tomber. Avec un bon alignement squelettique et une remise au neutre, l’être retrouve tout son pouvoir sur lui-même et son environnement. Avec de nouvelles données, de nouveaux circuits nerveux, l’être se réorganise pour mieux vivre.

ALIGNEMENT SQUELETTIQUE ET NEUTRE

Ces deux mots clés de l’approche Feldenkrais sont reliés au fonctionnement de l’être dans son environnement. Prenons l’exemple d’une personne qui a développé l’habitude de s’asseoir « rien que sur une fesse ». Pour ne pas tomber elle doit nécessairement effectuer une petite contraction vu qu’elle n’est pas enlignée avec la gravité et cela sans même y penser. Cette région demeure tendue lorsque la personne se lève, marche, monte les escaliers, s’allonge, etc. Sa posture n’étant jamais optimale, son squelette jamais enligné en rapport à la gravité, elle devra développer d’autres tensions pour ne pas tomber. Ces tensions deviennent omniprésentes dans sa vie et elle compense sans arrêt. Ce désenlignement limite ses mouvements et demande plus d’efforts.

Le Feldenkrais permettra à cette personne de prendre conscience de ses tensions, du malaise qu’elle se cause et de trouver des façons de faire différentes pour retrouver son aisance et son efficacité. Elle enlignera forcément à nouveau son squelette pour retrouver un neutre vertical.

Ce neutre est un état qui place la personne dans une ouverture sur toutes ses possibilités. Elle peut alors sans préparation, de façon naturelle, se diriger dans n’importe laquelle de ses possibilités. Elle n’est pas, comme dans l’exemple précédent, déjà engagée par réflexe dans un mouvement pour tenir son équilibre. Elle n’a donc pas à défaire les déformations causées par les tensions avant de pratiquer le mouvement désiré. Le neutre est justement cet état d’enlignement squelettique qui lui donne accès à la globalité de son répertoire de mouvement.

EN PRATIQUE

Les leçons de Feldenkrais se donnent en individuelle ou en groupe. En rencontre individuelle aussi appelée Intégration fonctionnelle, le thérapeute induit par le toucher des expériences de mouvement tout en douceur qui révèlent l’être à lui-même selon ses problèmes spécifiques. On sent des dénouements, on se délie, on s’allonge, on s’allège. On apprend où et comment on se tend et on peut comprendre pourquoi. On sort de là dans le bien-être. Il est préférable de s’allouer un temps d’intégration avant de retourner à ses activités journalières. On peut même se sentir un peu désorienté par la réorganisation de notre être lorsque le travail a été particulièrement efficace. Les leçons de groupe sont des cours où le professeur guide verbalement des séquences de mouvements inhabituels exécutés en lenteur ou en petite amplitude. Si vous avez l’occasion de consulter un massothérapeute qui allie le massage et le Feldenkrais, ne manquez pas cette occasion de vivre une expérience de toucher bienfaisant et révélateur de grande qualité qui agit en profondeur.

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Merci à Chantal Martin pour ses informations et les expériences de Feldenkrais qu’elle m’a permis de vivre pour rédiger cet article. Chantal pratique à Montréal et dans les Laurentides et reçoit en individuelle en plus de donner les cours de groupe. Elle enseigne aussi l’approche Feldenkrais aux étudiants en massothérapie dans plusieurs écoles. On peut la rejoindre au 514-606-7000.

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